La candidature d'un Hohenzollern au trône d'Espagne (un cousin de Guillaume 1°, Roi de Prusse) provoque en juillet 1870 un conflit avec la France.
La dépêche d'Ems (du 13 juillet 1870), revue et corrigée par Bismarck, déclenche l'indignation des Français et le 19 juillet Napoléon III déclare la guerre à la Prusse.
Les premières traces écrites de cette guerre dans les registres de Yèvres concernent une souscription pour l'Armée française. Dès le début des hostilités, 320 souscripteurs de la commune récoltent une somme totale de 488.15 F pour l'effort de guerre (à l'époque, le salaire annuel d'un instituteur était de 500 F).
Sous le Second Empire, l'armée est formée par le contingent recruté par tirage au sort.
Elle est doublée par la Garde Nationale mobile qui recrute les "bons numéros" et les remplacés qui effectuent 15 jours d'exercices par an jusqu'à l'âge de 25 ans.Un mauvais numéro peut payer un remplaçant pour effectuer le service militaire à sa place.
Dans les registres de Yèvres, nous ne retrouvons que les listes des plus de 25 ans :
une première Compagnie de 191 hommes
une deuxième Compagnie de 165 hommes
un corps de 21 Sapeurs-Pompiers
une réserve de 151 hommes de plus de 65 ans
deux Citoyens dispensés de service : les instituteurs Motte et Poulain
32 personnes réformées pour raison de santé
Les jeunes de 18 à 25 ans sont appelés dans l'armée régulière.
Les archives signalent deux soldats de Yèvres morts pour la France :
François-Lubin POULAIN né à Yèvres le 19/09/1849
Auguste THIBAULT né à Yèvres le 09/06/1948.
Chute du II° Empire - III° République
Mal préparée, mal équipée, l'Armée française capitule à Sedan le 1° setembre 1870, ce qui entraîne la chute du Second Empire.
Le 04 septembre, les députés Républicains forment un gouvernement de Défense Nationale pour faire face à l'envahisseur.
Ce même jour le Maire de Yèvres, Monsieur GODEFROI, organise les élections des cadres pour diriger les deux compagnies (loi du 12 août 1870). Le 15 septembre, le Maire organise la présentation des chefs respectifs des deux compagnies.
Organigramme des deux compagnies, placées sous le commandement du 1° Capitaine Albert LECOT, charron à Yèvres.
- 1° compagnie : - 2° Capitaine : Désiré VALLEE
4 lieutenants
8 sergents
16 caporaux
160 hommes
- 2° compagnie : - 3° Capitaine : Michel FEZARD
3 lieutenants
6 sergents
12 caporaux
120 hommes
En dehors de la Garde Nationale, tous ces hommes habitent et travaillent sur la commune de Yèvres. Nous retrouvons leurs noms (pour certains) sur les listes des remboursements des réquisitions :
Félix SERGENT (sergent fourrier), aubergiste à Yèvres;
Pépin LEDUC (caporal) cultivateur à Bougeâtre;
François BOIZARD (lieutenant) cultivateur à Morville;
Pierre BOUHOURS (sergent) cultivateur à Morville;
Louis VIVIER (2° sous-lieutenant) cultivateur à Bougeâtre.
L'armement se compose de fusils de guerre, de fusils de chasse et de "faulx" emmanchées d'un long bâton.
Nous avons un aperçu de la tenue des gardes sédentaires par la séance du conseil municipal d'Illiers du 19 septembre.
La cantinière sera habillée aux frais de la commune.
La blouse bleue est admise comme uniforme facultatif pour la Garde Nationale. La municipalité fournira les signes distinctifs qui seront fixés sur les épaules et les manches pour ceux qui seront reconnus ne pouvoir supporter cette dépense et qui en feront la demande.
Le Maire est autorisé à traiter pour l'achat de 100 képis.
Comme l'écrit le Préfet : "Ces forces ne permettent pas de résister à des troupes régulières, mais elles sont suffisantes pour repousser les maraudeurs et les éclaireurs ennemis qui se présenteraient sans être appuyés de forces sérieuses".
L'envahissement du pays
Le 7 octobre 1870, Gambetta quitte Paris assiégé à bord d'un ballon et rejoint Tours afin d'organiser la résistance à l'invasion prussienne.
L'armée de la Loire (avec le Général Chanzy) qui veut délivrer Paris est arrêtée par les Bavarois à Artenay. L'ennemi occupe la région de Varize et Civry. Leurs éclaireurs envoyés dans ces villages sont tués et en représailles toutes les maisons sont brûlées.
Le 18 octobre, vers midi, l'ennemi est aux portes de Châteaudun défendue par des Francs-Tireurs et les Gardes Nationaux de Châteaudun et de Brou (environ 700 hommes). Vers 14 heures, les Prussiens reculent en laissant 1.000 tués. Ils reviennent avec 12.000 hommes et 24 canons et au milieu de la nuit ils deviennent les maîtres d'un amas de ruines. La population s'est retirée par le pont Saint-Jean pour se réfugier vers Brou et Nogent-le-Rotrou.
Gambetta écrit : " La résistance de Châteaudun peut être mise à côté des pages les plus héroïques de notre histoire ". C'est pourquoi les armes de la ville sont décorées de la Légion d'Honneur.
Le lendemain des combats du 18 octobre, le canton de Brou s'attend à l'invasion prussienne.
Le 19 octobre 1870, le conseil de défense du canton de Brou se réunit et prend certaines décisions :
Vu l'absence de forces régulières et le manque de moyens, la ville de Brou n'opposera pas de résistance à l'ennemi. Elle ne le fera que sur l'ordre d'un chef supérieur suivi de troupes régulières en grand nombre,
Si la ville est sommée de se soumettre aux réquisitions, elle ne le fera que sur l'ordre d'un chef supérieur suivi de troupes régulières en grand nombre,
Si la force qui se présente est en petit nombre, les réquisitions ne seront point accordées,
Les armes possédées par la population seront déposées à la Mairie afin de les soustraire à l'ennemi.
L'ambulance de BROU
Durant ce mois d'octobre 1870, les combats sont fréquents et il y a de nombreuses victimes et des blessés. Le 1er novembre, le Conseil de Brou se réunit pour l'organisation des secours sous la présidence de M. BAUDIN,Maire. Les décisions suivantes sont prises :
Désignation d'un local pour établir l'ambulance : M. THALBERT, médecin, propose les chambres de l'Hospice où il peut être mis 30 lits et en cas de besoin la chapelle pourrait servir d'annexé.
Si cela s'avère insuffisant, les maisons particulières libres les plus convenables pourraient convenir.
Il sera fait appel aux habitants pour fournir du mobilier de literie.
Le conseil autorise le Maire à emprunter pour assurer les secours aux blessés.
Le combat de Yèvres
Signalisation d'un espion prussien : un espion prussien voyageant dans toutes les campagnes comme marchand boucher ; il a une voiture de boucher, un cheval pêche très mal garni. Taille : 1 m 60 ; cheveux et sourcils blonds, commençant à griser, barbe blonde impériale et moustaches grises ; âgé d'environ 55 ans, mal habillé, en blouse et en paletot couvert d'une limousine. Très haut d'épaules et bossu. Il parle français sans accent. Il est flamand et parle allemand tout aussi bien que les prussiens. Après leur défaite de Coulmier dans le Loiret le 9 novembre 1870, les troupes allemandes se replient sur l'Eure-et-Loir afin d'organiser une contre-attaque contre les troupes de Chanzy. Les troupes du Prince Albert entrent dans Illiers le 21 novembre, puis déferlent sur les communes de Brou et de Yèvres.
23 et 24 novembre 1870 à BROU
Au conseil de Brou, le maire fait part des pillages causés par le séjour des prussiens, ainsi que le transport d'objets d'une maison à une autre. Il est décidé d'instituer une commission qui aura pour tâche de restituer aux habitants leurs biens légitimes, afin, d'éviter les contestations en cas de demandes multiples pour un même objet, ces objets ayant été portés à la mairie.
Un détachement de l'Armée de la Loire, commandée par le Général de SONIS, après avoir récupéré Châteaudun, vient attaquer les troupes du Prince Albert à Yèvres le 25 novembre 1870, avec succès, mais craignant de se trouver devant des forces supérieures, se replie aussitôt sur Châteaudun. C'est pourquoi, au soir de ce combat, les Prussiens sont toujours à Yèvres.
Le soir de la bataille du 25 novembre 1870 à YÈVRES
Les fusils remis aux Prussiens le 15 novembre ont été brisés par eux à la Croix Verte et jetés dans la rivière, près du pont de Yèvres : 34 fusils, 5 pistolets et 10 fusils de chasse. Les gardes nationaux avaient réussi à soustraire à l'ennemi 19 fusils, cachés dans le cimetière, mais les Prussiens les ont découverts et brisés pendant l'armistice.
Une " compagnie " française est arrivée à Châteaudun le jour des combats (25 novembre). Elle avait commandé 2 fournées de pain au boulanger de Yèvres, mais le 27 novembre au soir, tout le pain a été emporté par les troupes ennemies. Ces dernières sont reparties le 28 novembre à la poursuite du détachement français pour se retrouver en première ligne, le 1" décembre, à la bataille de Loigny.
D'après les recherches de M. Jean-Claude BAILLEAU que nous remercions.
La Bataille de Loigny
Le 02 décembre 1870, 150 000 Allemands avec 400 canons, attendent sur un front de 12 km, l'assaut des Français. Le Général Chanzy attaque avec 35 000 hommes, mais il est contraint de reculer. Le Général de Sonis et 1 200 hommes se sacrifient pour couvrir la retraite de ce corps d'Armée de la Loire. Au soir de cette bataille, il y a 9 000 victimes : 4 000 Allemands et 5 000 Français. Des milliers de blessés attendent les secours : ils restent étendus toute la nuit par une température de -20 °. Aujourd'hui, nous pouvons voir dans la crypte de l'église de Loigny un ossuaire de 1 200 soldats Français.
Le passage des troupes pendant la durée de la guerre à Yèvres
Les listes de réquisitions permettent de connaître les mouvements de troupes sur la commune :
du 10 au 20 novembre 70 : le 30e Régiment de Marche réquisitionne du foin, de la paille et de la nourriture à M. Isidor Gadde, cultivateur à la Guitonnière.
le 21 : les Eclaireurs de Gironde reçoivent avoine et nourriture de MM. Sergent et Granchet, aubergistes.
Le 25, au soir de la bataille de Yèvres, M. Cogneau, meunier au Moulin-George, a fourni un cheval et ses harnais, et M. Lécot, charron, un cheval avec ses harnais et une voiture.
Les 25 et 26 : 30 hommes de l'ambulance ont été nourris à la Guitonnière.
Toutes ces réquisitions ont été indemnisées après 1871. Par contre, les Allemands signaient parfois des bons de réquisitions mais se livraient aussi au pillage. Une partie des indemnités fut versée après un plaidoyer au Tribunal de Châteaudun, une fois la guerre terminée. Les Allemands ont envahi la commune du 23 au 28 novembre, puis le 16 décembre en pourchassant l'Armée de la Loire qui se repliait vers la Sarthe. L'Armistice est signé le 28 janvier 1871, et les troupes Allemandes, revenant sur Paris, repassent à Yèvres où 55 cultivateurs fournissent : 23 150 L d'avoine, 800 bottes de 5 kg de fourrage, 174 bottes de paille, 7 vaches, 4 moutons, 1 porc, 450 kg de pain, 300 kg de viande, de la volaille, du vin et du cidre. Un rapport du 24 février 1872, de M. Plessis, maire, fait état d'une seconde vague de troupes allemandes. Ces troupes et leurs chevaux ont été nourris par la commune mais aussi par certains habitants, qui les logeaient, principalement dans les hameaux.
L'impôt d'occupation
Le préfet allemand Winter a contraint les habitants d'Eure-et-loir à un impôt supplémentaire pour les mois de novembre, décembre 70 et janvier 71. Les 1 200 contribuables de Yèvres se sont acquittés d'un total de 5 412,64 Francs. Le préfet avait accordé une remise de 2 % aux maires pour la perception de cet impôt ! Mais en juillet 71, la préfecture de Chartres a demandé des explications au maire de Yèvres concernant l'utilisation de ces 2 % ! Après le passage des Prussiens
A partir de mars 71, le département est débarrassé des troupes ennemies. Le pillage était important, surtout dans les fermes. Les troupes emportaient l'essentiel, le surplus restant sur le terrain. Le 26 juillet 71, une vente d'objets provenant de l'invasion ennemie est faite par la mairie de Yèvres. Il a été vendu du maïs, de la farine, de la vesce, de l'avoine et du blé. M. Baudin, tanneur à Brou, a acheté les peaux des animaux abattus par les Prussiens. Les agriculteurs ont récupéré environ 50 chevaux, chétifs et en mauvais état, pour des sommes modiques afin de compenser les pertes subies pendant la guerre. Idem pour la vente des voitures, carrioles et harnais.
Les secours Anglais
Sur le plan agricole, les récoltes furent désastreuses en 1871, en raison d'un ensemencement trop précoce en 70, en prévision de l'occupation ennemie et du gel à -20° dans la nuit du 2 au 3 décembre qui fit geler les blés.
Le passage des cavaleries dans les champs saccageait également les plantes. L'Angleterre, émue pas le malheur de la France, vint au secours des agriculteurs en envoyant des semences. Le canton de Brou a reçu une aide de la Société des Amis, connue en Angleterre sous le nom de Quakers. Cette aide s'est prolongée jusqu'à l'automne 1871.
Pour remercier ces Sociétés anglaises de leur aide, une association française, l'œuvre Patriotique, a organisé au printemps 1872 un hommage aux Anglais qui consista en un grand nombre de signatures recueillies sur des feuilles portant le nom de chaque commune bénéficiaire, et destinées, après avoir été reliées en volume, à être remises dans une bibliothèque en Angleterre.